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Au fil de mes 25 années d’expérience en développement organisationnel, dont 15 ans dans des fonctions de leadership exécutif, j’ai appris que le succès durable d’une organisation repose sur bien plus que des stratégies intelligentes ou des processus efficaces. C’est le facteur humain, ce que nous appelons le savoir-être, qui transforme une bonne entreprise en une organisation exceptionnelle.

Le parcours vers l’authenticité en leadership

Dans mon parcours de leader, j’ai eu la chance d’évoluer la majeure partie de ma carrière dans une industrie qui a évolué à la vitesse de l’éclair. Une industrie jeune, pilotée par des jeunes, face à une révolution technologique sans précédent. J’ai vécu les étapes de démarrage d’une entreprise, la gestion de la croissance mais aussi la gestion de crises.

Je me suis souvent demandé si j’étais suffisamment efficace, si j’en connaissais assez. Disons que j’ai développé la compétence du doute. Cette remise en question constante, que beaucoup de leaders vivent en silence, est devenue paradoxalement l’une de mes plus grandes forces. Ce questionnement intérieur m’a poussée à observer, à écouter, à chercher constamment à m’améliorer.

Il m’a fallu quelques années, où j’ai gagné en expériences diverses, pour réaliser que la force de mon rôle ne s’évaluait pas nécessairement à mes compétences techniques. J’ai réalisé que le plus grand impact que je pouvais avoir sur mes équipes venait de ma capacité à connecter avec eux.

La révélation qui change tout

Quand j’ai compris cela, j’ai commencé à accepter que je ne pouvais pas être et que je ne deviendrais jamais parfaite. C’est à partir de là que mon travail est devenu le plus gratifiant du monde et qu’il a pris tout son sens. L’importance de mon rôle était de connecter avec les autres. Comprendre leur réalité, leurs besoins. Être là pour les appuyer et faire en sorte qu’ils puissent se réaliser pleinement et s’élever au maximum de leur potentiel.

Cette révélation est contre-intuitive dans notre monde professionnel où l’on valorise souvent l’expertise technique et la maîtrise parfaite du sujet. Pourtant, les recherches en psychologie organisationnelle confirment que la capacité d’un leader à créer des liens authentiques avec son équipe est un prédicteur de succès beaucoup plus puissant que son expertise technique. Le professeur Amy Edmondson de Harvard a démontré que la sécurité psychologique, cet environnement où les gens se sentent à l’aise de prendre des risques interpersonnels, est le facteur déterminant des équipes hautement performantes.

L’intelligence émotionnelle mise à l’épreuve

Je me souviens d’une période particulièrement intense où nous avons fait face à un imprévu majeur qui menaçait la livraison d’un projet d’envergure internationale. En réunissant l’équipe de direction ce jour-là, j’ai pris conscience que notre réaction définirait non seulement le succès du projet, mais aussi la confiance que nos équipes placeraient en nous pour les années à venir.

Cette expérience a cristallisé ma compréhension de l’intelligence émotionnelle en tant que fondement du leadership. Reconnaître l’anxiété de nos équipes, faire preuve d’empathie tout en maintenant le cap, communiquer avec transparence sans propager la panique, rester connectés en tout temps avec nos équipes. Ces comportements ont transformé une crise potentielle en un moment rassembleur qui a renforcé notre cohésion.

Dans les moments critiques que j’ai eu à gérer, c’est là que j’ai appris le plus rapidement, que j’ai pris conscience de l’importance de l’intelligence émotionnelle et de l’importance de la cultiver. Mes principaux apprentissages :

  • La conscience de soi – Comprendre ses propres émotions face à la crise. Comment est-ce que je réagis au stress? Quelles sont mes peurs? Cette lucidité m’a permis de ne pas projeter mes propres inquiétudes sur l’équipe.
  • La gestion de soi – Réguler ses émotions pour incarner la stabilité dont l’équipe a besoin. Cela ne signifie pas supprimer ses émotions, mais plutôt les canaliser de manière constructive.
  • La conscience sociale – Percevoir ce que les autres ressentent sans qu’ils aient besoin de l’exprimer verbalement. Dans les moments de crise, les non-dits sont souvent plus révélateurs que les paroles.

La confiance et l’éthique: les fondations invisibles

Si je devais distiller l’essence du leadership en un seul mot, ce serait probablement « confiance ». Sans elle, même les stratégies les plus brillantes sont vouées à l’échec. Et cette confiance ne se décrète pas, elle se gagne jour après jour, décision après décision.

Dans mes rôles de direction, j’ai toujours privilégié la transparence, même lorsque les nouvelles n’étaient pas celles que les équipes espéraient entendre. J’ai découvert que les gens peuvent accepter des réalités difficiles si elles sont communiquées avec honnêteté et respect.

Cette approche a créé un cercle vertueux: plus je faisais confiance à mes équipes en partageant ouvertement les défis que nous affrontions, plus elles me faisaient confiance en retour. Et c’est sur ce socle de confiance mutuelle que nous pouvons construire une organisation résiliente, capable de s’adapter rapidement aux changements.

Mais comment concrètement bâtir cette confiance? J’ai identifié cinq pratiques essentielles:

  • Tenir parole – Si simple en théorie, si difficile en pratique. Chaque promesse tenue est un dépôt dans la « banque de confiance ».
  • Admettre ses erreurs – Rien ne fait diminuer la confiance plus rapidement qu’un leader qui refuse de reconnaître ses erreurs. À l’inverse, avoir le courage de dire « j’ai commis une erreur » ou « ça n’a pas donné les résultats que je pensais » renforce la crédibilité et inspire le respect.
  • Donner du contexte – Les équipes acceptent mieux les décisions difficiles lorsqu’elles comprennent le « pourquoi ». La transparence sur les contraintes et les enjeux crée un sentiment d’inclusion.
  • Être cohérent – L’alignement entre nos paroles et nos actions est le test ultime de notre intégrité. Les équipes remarquent les incohérences très facilement.
  • Déléguer avec intention – La délégation n’est pas seulement un outil de gestion du temps, c’est une déclaration de confiance. Lorsque nous confions une responsabilité significative à quelqu’un, nous disons « je crois en toi ».

Le leadership situationnel: adapter son approche

Une dimension souvent négligée du savoir-être en leadership est la capacité d’adapter son style en fonction du contexte et de la maturité des équipes. J’ai appris, parfois douloureusement, qu’il n’existe pas de style de leadership universellement efficace.

Avec une équipe nouvellement formée, j’ai dû adopter une approche plus directive, établissant clairement les attentes et les processus. Avec des équipes expérimentées, j’ai basculé vers un style plus consultatif, où mon rôle consistait davantage à poser les bonnes questions qu’à fournir des réponses.

Cette flexibilité n’est pas de l’inconstance, c’est la reconnaissance que chaque personne et chaque situation appellent une réponse adaptée. Le leadership situationnel exige une conscience aiguë du contexte et une capacité à mettre son ego de côté pour servir au mieux l’équipe et l’organisation.

Le leadership aujourd’hui: un équilibre délicat

Aujourd’hui, en tant que consultante en performance organisationnelle, j’accompagne des dirigeants dans leur propre parcours de leadership. Je vois comment les organisations qui négligent le savoir-être au profit exclusif du savoir-faire technique finissent par faire face à des défis insurmontables.

Le leadership moderne exige un équilibre subtil. Les compétences techniques et stratégiques restent essentielles, mais elles doivent être complétées par une profonde compréhension des dynamiques humaines. Un leader doit pouvoir analyser un marché ET mobiliser une équipe. Il doit savoir lire un bilan financier ET percevoir les non-dits lors d’une réunion difficile.

Mon parcours m’a enseigné que le leadership n’est pas un statut à atteindre, mais un chemin à parcourir. C’est un apprentissage continu, une remise en question permanente, une recherche constante d’équilibre entre exigence et bienveillance, entre vision à long terme et pratiques au quotidien.

Le savoir-être en leadership n’est pas un luxe, c’est un impératif pour toute entreprise qui aspire à la pérennité dans notre monde volatil et complexe. C’est ce qui transforme un groupe d’individus talentueux en une équipe capable de réaliser l’extraordinaire.

Dans un monde où la technologie évolue à une vitesse vertigineuse, où l’intelligence artificielle redéfinit les compétences techniques requises, je suis convaincue que c’est le savoir-être qui deviendra le facteur différenciant le plus puissant. Notre capacité à inspirer, à connecter authentiquement, à créer des environnements où chacun peut s’épanouir, voilà ce qui ne pourra jamais être automatisé ou remplacé.

Je crois fermement que c’est en cultivant ces qualités humaines que nous pourrons véritablement faire la différence et bâtir un avenir où la technologie et l’humanité coexisteront harmonieusement.

Andrée

Andrée Cossette, CRHA

Vice-présidente directrice générale, Associée

Andrée possède 26 années d’expérience en développement organisationnel, dont 15 ans dans des rôles de leadership exécutif stratégique où elle a brillamment navigué dans des environnements en constante évolution. Sa carrière l’a amenée à jouer des rôles clés en démarrage d’entreprise, en gestion de la croissance et développement des compétences. Elle possède une bonne vision stratégique et accompagne efficacement les équipes de direction.

Elle est reconnue pour sa capacité à rassembler les équipes derrière des objectifs communs et à atteindre des résultats optimaux.